Histoires de reins

Lonzo Lucas Jr.


En 1998, à l’âge de 30 ans, j’ai décidé de m’engager dans la marine. C’est à ce moment-là précisément que le personnel médical a découvert quelque chose de terrible. Un simple test d’urine a révélé que mon taux de protéine était à 700 mg/d (il devrait normalement se situer à moins de 300 mg/d). Croyant à une erreur, le médecin en poste m’a demandé d’attendre en vue de fournir un autre échantillon d’urine. Une heure plus tard, les résultats étaient pires (800) et c’est alors que les autorités ont décidé de me bannir pour toujours de la vie militaire. Le spécialiste que l’on m’a envoyé voir à l’autre bout de la ville dans l’Orange County, en Californie, m’a donné, après une batterie de tests, des nouvelles encore plus mauvaises : mes deux reins en étaient au stade de l’insuffisance terminale et la seule façon d’en connaître la raison consistait à subir une biopsie. C’était une première pour moi et je peux dire, pour être passé par là, que j’espère que c’était la dernière. Il m’a fallu une semaine pour récupérer.



Lonzo en action dans le parc national de Tsitsikamma, en Afrique du Sud

Ensuite, je suis retourné voir le spécialiste; il m’a annoncé que je souffrais de glomérulosclérose focale, une maladie extrêmement rare à laquelle je devais la dégradation rapide de mes reins. Selon les résultats de la biopsie, la maladie était demeurée latente pendant des années et un facteur inconnu l’a déclenchée. D’ici cinq ans, mes reins cesseraient totalement de fonctionner et j’allais avoir besoin de dialyse. Ce diagnostic a eu sur moi l’effet d’une tonne de briques; lorsque je l’ai dit à mes parents, ils étaient dévastés et désemparés. Comme ils me l’ont avoué plus tard, ils trouvaient cela difficile de voir ma santé décliner et de ne pouvoir rien faire pour m’aider. Malgré tous les meilleurs efforts du médecin pour inverser l’irréversible, mes reins ont cessé de fonctionner en 2000 et j’ai dû commencer des traitements de dialyse.

Après l’intervention pour la fistule, je me suis réveillé avec un tube rattaché à mon artère carotide et mon bras droit était couvert d’un gros bandage. L’hémodialyse n’était pas une sinécure; en fait, elle me causait des crampes douloureuses. Après un an de ce manège, j’en ai eu assez et j’ai opté pour la dialyse péritonéale. Cela n’a pas trop bien marché : j’ai eu des complications au niveau de la cavité péritonéale. J’ai donc dû revenir à l’hémodialyse. Je ne pouvais jamais envisager de voyager à l’intérieur de mon État et encore moins du pays, ce qui n’était pas bon du tout pour mon moral. Je suis devenu le portrait même du patient obnubilé par sa situation – j’y reviendrai plus loin. J’ai décidé de faire l’essai de la dialyse péritonéale continue ambulatoire (DPCA), qui ressemble à la dialyse péritonéale, sauf que les échanges ont lieu la nuit et une fois le matin. Tout allait bien jusqu’à ce qu’une infection majeure (péritonite) apparaisse littéralement du jour au lendemain, ce qui m’a obligé d’être hospitalisé pendant une semaine.

Dr. Ken Hughes with his wife at the 2011 KFOC Annual Meeting
Lonzo à Seal Island, près de Cape Town en Afrique du Sud

Durant mes cinq ans en dialyse, je suis retourné aux études et j’ai obtenu ma maîtrise en administration publique. Ce fut la seule chose positive dans ma vie à cette époque-là.  Mais je me retrouvais souvent à l’hôpital et, la dernière fois, j’ai failli rendre l’âme. L’un de mes frères en avait vu assez et a décidé de me faire don de l’un de ses reins, ce qui m’a sauvé la vie.

Cette greffe m’a permis de voyager à des endroits dont j’avais pu jusque-là seulement rêver. Par exemple, j’ai pu quitter la Californie pour aller m’installer en Géorgie et plus tard en Corée du Sud, où je suis devenu professeur d’anglais. C’est là que j’ai rencontré celle qui est devenue mon épouse et ensemble nous avons voyagé dans des pays comme l’Éthiopie, la Zambie et le Zimbabwe. Et ce n’est pas fini. 

Malheureusement, en raison de circonstances échappant à mon contrôle, mon greffon a cessé de fonctionner en 2011 et j’ai été obligé de revenir à la dialyse. Mon attitude face à la vie est toutefois bien différente de ma vision d’autrefois. Je sais qu’une autre transplantation ne saurait tarder; d’ici là, je mords dans la vie à pleines dents et j’espère que mes billets sur mon blogue inciteront des personnes qui sont dans ma situation à voir plus loin et à vivre pleinement.   Vous pouvez suivre mon blogue au
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