Histoires de reins

En mémoire de

Wendy Briere


Une vie vécue sans traitement curatif


Wendy Briere  se souvient qu’avant même d’entrer à la maternelle, elle avait reçu un diagnostic de ce qui était alors appelée la maladie de Bright, une affection rénale aiguë ou chronique qu’il est de nos jours possible de contrôler si elle dépistée assez tôt. En effet, cette maladie n’évolue plus nécessairement vers l’insuffisance rénale terminale. Ce ne fut pas le cas pour Wendy.
 
Wendy a eu besoin de deux prothèses auditives à l’âge de neuf ans. Neuf ans plus tard, lorsqu’elle est allée consulter pour savoir si elle pouvait s’en départir, elle fut immédiatement envoyée chez un spécialiste, puis chez autre, un néphrologue. Elle a dû subir plusieurs tests et, à l’adolescence, au moment où elle s’attendait à ce qu’on lui parle de l’amélioration de son audition, elle a appris qu’elle était atteinte d’insuffisance rénale terminale. En l’espace de six mois, elle commençait des traitements de dialyse à l’hôpital.

Un an et demi plus tard, elle a reçu l’appel tant attendu qu’un rein était disponible.

Malheureusement, les médicaments anti-rejet qu’il faut prendre à la suite d’une transplantation lui ont fait perdre ses cheveux. Lorsqu’ils ont repoussé, ils étaient tout frisotés et difficiles à coiffer et ce, pendant environ un an. Avec le temps, ses cheveux sont redevenus droits comme d’habitude, mais le greffon rénal, lui, ne s’adaptait pas à son nouvel environnement. Wendy a appris qu’elle avait une surabondance d’anticorps rares. Non seulement elle n’allait pas pouvoir garder son rein, mais son nom serait retiré de la liste d’attente pour une transplantation.

Un an et demi plus tard, toutefois, un autre néphrologue lui a redonné espoir en la mettant en contact avec une équipe de médecins et d’infirmières de Toronto. En 1981, au cours de l’année de ses 23 ans, Wendy a eu une deuxième transplantation, mais elle ne fut pas au bout de ses peines pour autant – enflure de l’abdomen et des chevilles en raison d’une rétention excessive d’eau, épisodes de dépression, plusieurs crises tonico-cloniques (grand mal), sans compter les rhumes et les virus qu’elle attrapait. Physiquement et psychologiquement, Wendy a eu la vie dure pendant le temps où elle essayait de garder le nouvel organe qu’elle avait reçu en mai. En février de l’année suivante, le nouveau greffon a dû être enlevé.

Quatre ans plus tard, une autre possibilité de transplantation s’est présentée et Wendy a voulu relever le défi. Comme elle dit, au cours des huit premières semaines, le nouveau rein semblait tout simplement dormir, puis un samedi matin durant une visite de son mari, elle a senti soudain une envie urgente d’uriner, ce qui n’était jamais arrivé avec ses autres greffons rénaux. Enfin le retour à la normale! Huit ans après avoir reçu officiellement son diagnostic d’insuffisance rénale terminale, elle a retrouvé le bonheur de se sentir bien. Son dernier greffon rénal est demeuré fonctionnel pendant 21 ans.

Mais, comme pour bien des patients souffrant d’insuffisance rénale terminale, la transplantation s’est révélée une bénédiction – mais pas une guérison.

En 2006, Wendy a dû revenir à la dialyse et, en 2012, l’ablation d’une tumeur cancéreuse a été suivie d’une radiothérapie. Elle ne pouvait pas, puisqu’elle était en dialyse, être traitée par chimiothérapie. L’état de santé de Wendy a été tel à un moment donné qu’elle a eu besoin de services de soutien et c’est ainsi qu’elle est devenue, exceptionnellement, membre d’un établissement de soins prolongés et présidente du conseil des résidents. Au cours de premiers mois de 2014, à l'âge de 56 ans, Wendy a été heureuse chez elle avec son mari, Dan, et, malgré ses problèmes de santé, elle est demeurée active sur les médias sociaux et a continué à dessiner et à peindre. La bataille de Wendy contre l'insuffisance rénale et plusieurs autres problèmes de santé a pris fin le premier week-end de ce mois de mai. Elle laisse derrière elle le souvenir de la grâce avec laquelle elle a fait face à ses nombreux défis et de la sérénité dont elle a fait preuve dans ses derniers jours.